GTA 6 | Crunch, inégalité salariales, et bonus chantage, la situation chez Rockstar est loin d’être idéale
Quelques heures après avoir confirmé une rencontre avec des employés pour parler de la création d’un syndicat, les choses tournent mal pour Rockstar Games suite à de nouveaux témoignages qui évoquent des conditions de travail très discutables au sein de l’entreprise.
Alors que le procès final dans l’affaire des 34 employés licenciés se tiendra à partir du 15 septembre prochain, Rockstar Games prenait enfin la parole hier et confirmait que l’entreprise allait s’entretenir avec des employés qui souhaitent créer un syndicat pour voir ce qu’il est possible de réaliser.
Hélas, cette situation positive n’aura pas duré très longtemps. Quelques heures plus tard, des témoignages anonymes font un état des lieux de la situation chez Rockstar, et, effectivement, il y a encore beaucoup de travail à faire.
Rockstar, encore le mauvaise élève de l’industrie ?

Depuis plus de 20 ans, Rockstar Games est souvent pointé du doigt concernant les conditions de travail. Alors que, selon les témoignages d’anciens employés, comme Obbe Vermeij, qui est resté chez Rockstar North jusqu’en 2009, et qui a travaillé sur tous les GTA, jusqu’à Grand Theft Auto IV, les conditions de travail étaient très bonnes jusqu’en 2007/2008. GTA Vice City fut produit en moins de 9 mois et sans crunch.
Hélas, à partir de 2008/2009, sur la fin du développement de GTA 4 et surtout la production de Red Dead Redemption, les choses ont commencé à déraper. On se souvient de l’énorme polémique autour de RDR, où ce sont les femmes des employés qui ont dû prendre les choses en main en écrivant une lettre ouverte à Take Two. Certains employés n’étaient pas rentrés chez deux de deux semaines.
D’autres soucis ont éclaté pour le développement de GTA V, puis de Red Dead Redemption II, bien que sur ce nombreux aspect, les conditions s’étaient améliorées. D’ailleurs, de nombreux rapports et témoignages confirment que depuis 2019, de nouvelles mesures ont été mises en place et que les choses se sont grandement améliorées. Mais, il reste encore beaucoup de travail.
Au début du mois de mai, de premiers témoignages anonymes confirmaient que les conditions de travail chez Rockstar India n’étaient pas simples et que le studio faisait face à de nombreuses heures supplémentaires. Le moral ne serait pas au plus haut.
Aujourd’hui, ce sont de nouveaux témoignages de plusieurs employés des studios européens qui décrivent des conditions inacceptables.
Inégalités salariales, heures supplémentaires excessives imposées ou encore instrumentalisation des bonus…

C’est grâce à un rapport publié par le média Game Developer que nous avons pu découvrir le témoignage de plusieurs employés de différents studios Rockstar qui travaillent actuellement sur le très attendu GTA 6. On peut constater que de nombreux soucis persistent au sein des studios de la firme étoilée.
Au total, ce sont trois membres du syndicat des travailleurs de Rockstar Games (RGWU) qui se sont exprimés auprès du média. Il est important de préciser que ces trois employés ne font pas partie du groupe d’employés licenciés en octobre 2025. Naturellement, ils ont choisi de rester anonymes par crainte de représailles. Selon ces derniers, le studio laisse tomber les personnes chargées de créer Grand Theft Auto VI, le jeu le plus attendu et qui sera sans doute le plus lucratif de tous les temps.
Une des choses les plus problématiques, c’est l’absence d’égalité salariale, avec un manque de transparence concernant les salaires et les primes. Le montant des primes fluctue énormément, souvent sans justification apparente. Mais, dans tous les cas, la rémunération perçue par les employés de Rockstar était inférieure au taux du marché par rapport aux emplois dans des secteurs connexes.
« Lorsqu’une prime est particulièrement avantageuse, elle peut représenter une aubaine, mais souvent, elle est décevante et l’on peut finir par percevoir un salaire annuel bien inférieur aux attentes. Les justifications avancées sont souvent floues, incohérentes d’un service à l’autre, voire entre les membres d’une même équipe, et reposent parfois sur des critiques totalement subjectives ou a posteriori ».
Témoignage n°1
En plus de cela, il devient assez difficile d’obtenir des augmentations, puisque Rockstar change très souvent ses conditions et critères d’évaluations :
« Le problème principal, c’est que les primes et les progressions sont entièrement à la discrétion de l’entreprise, qui n’est aucunement tenue de les justifier. Les employés veulent un bon salaire, et si le moindre de leurs gestes au cours de l’année peut l’affecter, ils se sentiront naturellement obligés de se plier aux caprices de leur supérieur. Imaginez ce que vous ressentiriez si un cinquième de votre salaire pouvait vous être retenu sans aucune justification ou sur la base d’un simple imprévu ».
Témoignage n°2
Actuellement, il y a un gros problème d’inégalité avec des salaires médians des hommes et des femmes qui s’était creusé au fil des années. Pire encore, les initiatives visant à corriger ce déséquilibre avaient été abandonnées. Toujours concernant les soucis pour les salaires, les témoignages confirment que les travailleurs de nuit ne bénéficiaient plus d’aucune prime pour compenser leurs horaires décalés.
« Chez Rockstar et Take-Two, certains empochent des centaines de millions de livres, d’autres sont très bien payés et reconnaissants, tandis que d’autres encore sont lamentablement sous-payés au regard de leurs efforts et des profits colossaux réalisés. Surtout si l’on considère que l’entreprise bénéficie de centaines de millions d’euros d’allégements fiscaux pour ses employés britanniques ».
Témoignage n°3
Autre point noir, il semblerait que le Cunch soit en train de se normaliser au sein de l’entreprise :
« Le crunch est tellement répandu que l’entreprise a intégré dans nos contrats, de manière standard, une clause de non-responsabilité concernant la réglementation sur le temps de travail [ un droit du travail britannique auquel les employés peuvent renoncer volontairement ] qui empêche votre employeur de vous demander de faire plus d’une dizaine d’heures supplémentaires par semaine ».
Témoignage n°4
« Le syndicat a mené avec succès une campagne pour informer les employés qu’ils pouvaient réintégrer le dispositif à tout moment, ce qui a incité la direction de Rockstar à simplifier la procédure et à supprimer l’obligation de rencontrer les RH. L’un des problèmes liés au crunch est l’absence de définition consensuelle, et il semble désormais que l’entreprise considère que le fait d’offrir une compensation spécifique et limitée pour inciter aux heures supplémentaires exclut toute notion de crunch. »
Témoignage n°5
Selon les informations rapportées par le média Game Developer, il semblerait que le Crunch soit présent de manière inégale chez Rockstar avec certains studios et départements qui sont toujours épargnés par cette pratique, tandis que d’autres studios et départements y sont constamment confrontés. En mai dernier, suite aux premières accusations d’employés de Rockstar India, Strauss Zelnick, le PDG de Take Two Interactive avait démenti les accusations, affirmant que le Crunch n’avait plus sa place chez Take Two.
L’autre souci soulevé par les employés, c’est l’arrêt du télétravail. Cela avait permis à de très nombreux employés de trouver un meilleur équilibre dans leur vie, aussi bien pro que perso. La firme étoilée avait promis que le télétravail ne serait pas arrêté, même après la pandémie du Covid-19. Une promesse qui ne fut pas tenue et qui fut rapidement supprimée en avril 2024 pour le lancement de la phase finale du développement de GTA 6, forçant des employés à bouleverser totalement leur vie et celle de leur famille en moins de deux mois.
Selon les employés de Rockstar, la seule façon de changer tout cela passe par la création d’un syndicat et par l’acceptation des dirigeants de Rockstar et de Take Two d’assumer la responsabilité de leurs manquements présumés.
« Si l’adhésion à un syndicat semble risquée, il faut se rappeler que chaque année, de nombreux non-syndiqués perdent injustement leur emploi ; la différence, c’est que cela se produit sans aucun contrôle. Et si vous pensez que la syndicalisation ne changera rien, sachez qu’elle a déjà fait ses preuves ».
Témoignage n°6
« Depuis octobre, les studios syndiqués ont connu des augmentations salariales moyennes sans précédent, et pour la première fois, les efforts soutenus sont financièrement incités à travailler d’arrache-pied. Plusieurs autres politiques évoluent après des années de frustration. Ce n’est pas un hasard : l’organisation porte ses fruits ».
Témoignage n°7
Suite à ce rapport, le média Game Developer a contacté Take Two et Rockstar pour obtenir un retour. C’est ainsi un porte-parole de Take Two qui a fait la déclaration suivante :
« Nous nous efforçons de créer les meilleurs jeux possibles en offrant à nos équipes talentueuses un environnement de travail exceptionnel et des perspectives de carrière enrichissantes. Nous avons cultivé une culture d’entreprise axée sur le travail d’équipe, l’excellence et la bienveillance, et nous soutenons et récompensons nos collaborateurs à tous les niveaux grâce à une politique de rémunération et d’avantages sociaux compétitive. Nous sommes fiers du fait que notre taux de fidélisation des employés soit nettement supérieur à la moyenne du secteur. Nous avons reçu une demande d’un syndicat souhaitant discuter d’une reconnaissance volontaire. Nous attachons une grande importance à un dialogue ouvert et constructif avec toutes les parties prenantes et nous organiserons une rencontre ».
Déclaration de Take Two via un porte-parole
Des propos qui semblent totalement opposés aux nombreux témoignages d’employés et d’ex-employés de la firme étoilée. On espère sincèrement que les discussions prévues entre Rockstar et les membres du syndicat permettront de trouver une issue favorable. Plus que jamais, Rockstar Mag’ soutient les employés de Rockstar Games. Il est important de ne pas oublier que, sans les milliers de développeurs qui produisent le jeu, il n’y aurait pas de GTA 6. Il est primordial que le développement des jeux se fasse dans les meilleures conditions possibles.
Concernant l’affaire des 34 employés licenciés, Rockstar Mag’ attendra le jugement final et soutiendra la décision de justice. S’il est très important de soutenir les employés, leurs droits et leurs conditions de travail, il est aussi primordial de ne pas accepter que des fautes graves, comme la diffusion d’informations confidentielles ne soient tolérées.
[SOURCE]
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